Sur son sixième album solo, Ezéchiel Pailhès revient avec une nouvelle collection de chansons à l’humeur solaire et vagabonde.
Une émotion commune traverse les douze chansons de Sol. On y entend l’expression de la félicité, de la nonchalance ou du désir, parfois mêlées de douceur ou d’allégresse, que le chanteur Ezéchiel Pailhès, associe depuis toujours à l’idée d’un bonheur mélancolique ("Saudade" en portugais), une humeur qui traverse une grande partie de sa musique et de ses chansons, ainsi que la culture brésilienne. Au-delà de ce sentiment, Ezéchiel évoque dans ses chansons, l’amour, le temps qui passe, l’espoir et les illusions perdues, les instants de grâce, la tentation de l’oubli, de l’évasion ou du désir, au fil de douze singulières chansons dont les sobres orchestrations mêlent instruments acoustiques et électroniques.
Sans doute cette originalité vient-elle de la manière dont l’artiste s’est approprié, à travers ces nouvelles chansons, le répertoire brésilien. Après Mélopée, son dernier album de chansons publié en 2022, et l’instrumental Ventas Rumba sorti deux ans plus tard, l’artiste réinvente et modernise avec cet album certaines des plus belles œuvres de la MPB (Musique Populaire Brésilienne), en particulier une poignée de classiques (méconnus chez nous) issus de la samba et de la bossa nova des années 1950 à 1970, signés ou interprétés en leur temps par Vinícius de Moraes, João Gilberto, Tom Zé, Dorival Caymmi, João Donato, Os Tincoãs ou Ataulfo Alves.
Le passage du portugais au français, et le choix de l’adaptation, plutôt que de la simple reprise, lui ont permis d’inventer une forme de prosodie et d’euphonie (la musicalité et l’harmonieuse combinaison des mots) volontiers dynamique, qui ne ressemble à aucune autre dans le paysage actuel de la chanson française. « Certains textes sont de simples traductions du portugais, en version disons augmentée. Pour d’autres, je suis parti d’un seul mot, ou d’une seule phrase, pour broder un tout nouveau texte qui m’emportait ailleurs. Je me suis permis une grande liberté d’interprétation, tout en conservant la dimension humaniste des chansons originales. J’ai toujours été très touché par la manière dont les Brésiliens transfigurent les choses à l’aide d’émotions exacerbées. J’aime ce pays viscéral et spontané, qui me semble toujours vivre sous le coup de l’émotion. Et j’aime par dessus-tout sa musique, à la fois populaire et fédératrice, qui rassemble toutes les classes sociales. Il s’agit d’une musique très politique en ce sens, mais plus encore utopiste, faite par le peuple et pour le peuple ».
Sur ce nouvel album, le Français souhaitait cependant éviter tout cliché. C’est la raison pour laquelle chacune des chansons est construite autour d’un savant équilibre entre le piano et les synthétiseurs d’Ezéchiel et de sobres orchestrations de percussions, de cuivres, de basse et de cavaquinho (une sorte de petite guitare à quatre cordes pincées), enregistrées à Rio De Janeiro en compagnie de deux musiciens que l’on retrouve habituellement aux côtés du légendaire Caetono Veloso, Kainã Do Jêje et Alberto Continentino, auxquels sont venus se joindre Thomas Harres, Antônio Neves, Eduardo Neves et Garbiel Loddo.
La France et le Brésil entretiennent depuis les années 1960 une longue relation culturelle et musicale. Tout d’abord parce que certains brésiliens, à l’image du plus célèbre d’entre eux, Gilberto Gil, se sont réfugiés en France pendant la période de la dictature (1964-1985). Mais surtout parce que la chanson s’est rapidement entichée de la richesse et de l’ingéniosité de la bossa nova et de la samba, pour les traduire et les réinventer dans la langue de Molière. En témoignent, au cours des années 1960 et 1970, les albums ou les succès de Henri Salvador, George Moustaki, Pierre Barouh, Pierre Vassiliu ou Claude Nougaro, qui ont tous puisé dans le répertoire de la MPB.
Cinquante ans après, Ezéchiel Pailhès réinvente lui aussi avec SOL ce riche héritage de l’amitié franco-brésilienne, avec une personnalité, et un modernisme, qui n’ont rien à envier à ses prédécesseurs.
- 1. C'est loin
- 2. Là où tu veux (Deixa A Gira Girá)
- 3. Pas tant de d'chichi ponpon
- 4. Assez
- 5. Le soleil en haut
- 6. Tout l'or
- 7. Désillusion
- 8. Attends-moi
- 9. O Sapo
- 10. Hors-saison
- 11. Presque rien
- 12. Vou Festejar